Titre:LE LIEN A L'ANIMAL PERMET-IL UNE RECUPERATION SOCIALE ET COGNITIVE CHEZ L'ENFANT AVEC AUTISME?(Thèse Marine Grandgeorge, Univ.Rennes 2, 2010)

CO-Directeurs : Dr Martine Hausberger (EthoS, Université Rennes 1), Pr Michel Deleau (CRP2C, Université Rennes 2), Pr Sylvie Tordjman (SHU de Psychiatrie de l'enfant, CHU Régnier).

Collaborations : Centre de Ressources sur l’Autisme (Pr. Alain Lazartigues et Eric Lemonnier (CHU Brest).

Financements : Fondation Sommer, fonds pour la structuration de la recherche de l'Université de Rennes 1 à EthoS

Contact: Marine Grandgeorge

 

Cette thèse s’inscrit dans le débat sur l’importance de l’environnement social sur le développement. En rassemblant des compétences pluridisciplinaires (éthologie, psychologie et pédopsychiatrie), ce projet de recherche tente de répondre à la question : le lien à l’animal permet-il une récupération sociale et cognitive chez l’enfant avec autisme ?

Il est souvent admis que l’animal de compagnie étant plus facile à décoder qu’un être humain, il pourrait avoir un rôle crucial dans le développement cognitif et social des enfants. Il leur permettrait – surtout à ceux souffrant de difficulté sociale - d’établir des liens avec eux, puis de prolonger ces liens aux autres êtres humains. Ce postulat, utilisé dans les thérapies assistées par l’animal, reste scientifiquement peu exploré. Marine Grandgeorge a mené sa recherche en amont des thérapies en 3 étapes : (1) la présence de l’animal comme possible source d’amélioration, (2) la nature de la relation entre l’enfant avec autisme et l’animal et (3) les patterns comportementaux des enfants face à un animal non familier.

Les résultats obtenus montrent que les enfants avec autisme sont sensibles à leur environnement social, leur développement langagier étant lié au niveau d'éducation de leurs parents. De plus, les animaux familiers pourraient être des partenaires "sociaux". Les interactions entre les enfants avec autisme et leurs animaux sont diverses, influencées par les caractéristiques des deux partenaires et de leur environnement. L'observation des interactions avec les chiens familiers révèle que les enfants, quelque soit leur diagnostic, ne différent pas dans leurs comportements tournés vers l'animal. Les chiens, quant à eux, semblent moins interagir avec les enfants avec autisme. En parallèle, la méthode de la Strange Animal Situation, a permis l'étude des comportements de l'enfant face à un animal non familier. Il révèle l'existence de profils comportementaux généraux avec une continuité entre les comportements des enfants typiques et avec autisme. Dans cette situation, une partie des enfants avec autisme présente un biais attentionnel vers les êtres humains.

Au final, L’ensemble de ses résultats invitent à reconsidérer l’impact des influences sociales ou pseudo sociales dans le développement des enfants avec autisme. Cela ouvre de nouvelles voies de recherches et de thérapies en lien avec les animaux – et plus largement l’environnement social – qui améliorent les compétences sociales de ces enfants tout en y incluant les processus cérébraux.

Pour aller plus loin

Les publications sur ces travaux sont disponibles sur l'intranet

Titre: "COMMUNICATION VOCALE CHEZ LA MONE DE CAMPBELL SAUVAGE (Cercopithecus campbelli campbelli)- PARC NATIONAL DE TAÏ CÖTE D'IVOIRE: FLEXIBILITE ACOUSTIQUE ET PROTOSYNTAXE (Thèse karim Ouattara. Univ. Rennes 1, 7 mars 2009)

Directeurs de thèse : Dr A.Lemasson (EthoS, Université de Rennes 1), Profs J-E Gombert (CRP2C, Université de Rennes 2), N’Goran E (Université de Cocody-Abidjan), Zuberbühler K (Dept Psychology, Université de St Andrews).

Financements : bourses co-tutelle, PAI France / Grande Bretagne

Contact: Karim OUATTARA

 

Une étude menée en Côte d'Ivoire et près de Rennes, à la station biologique de Paimpont, révèle que les singes d'une espèce forestière (la Mone de Campbell) émettent six types de cri d'alarme différents. En combinant ces cris, ils forment de longues séquences vocales qui leur permettent de délivrer des messages liés à leur vie sociale et aux dangers qu'ils peuvent rencontrer.

À l'origine de cette découverte : Karim Ouattara et Alban Lemasson, chercheurs du laboratoire d'éthologie animale et humaine (UMR 6552 CNRS/Université de Rennes 1), en collaboration avec l'université de Cocody-Abidjan en Côte d'Ivoire et Klaus Zuberbühler, psychologue à l'université de St Andrews en Écosse.

Les trois scientifiques se sont intéressés aux cris des mâles adultes, dont le répertoire  est très différent de celui des femelles. Ils ont notamment étudié la réponse vocale des mâles face à des rencontres avec leurs prédateurs, l'aigle et le léopard, que ces rencontres soient réelles ou simulées (à l'aide d'animaux empaillés ou par diffusion via haut-parleur des cris des prédateurs).

Ces expériences ont montré que le mâle possède six types de cris d'alarme qu'il peut moduler grâce à un suffixe  en "-oo".

Mais les chercheurs ont aussi découvert que le mâle Mone de Campbell émettait rarement ces cris de manière isolée, préférant former de longues séquences vocales (25 cris successifs en moyenne). De plus, la façon dont il effectue ces combinaisons lui permet de délivrer différents messages. En modifiant une séquence de cris  ou l'ordre de succession des cris au sein d'une séquence, le sens varie : type de danger (chute d'arbre, présence d'un prédateur), type de prédateur (aigle, léopard), comment le prédateur a été repéré (au bruit, à vue). Sans compter les messages de ralliement, ou les échanges vocaux lors de la rencontre en bordure de territoire avec un  autre groupe de Mones de Campbell. Plus étonnant encore, les mâles sont capables de combiner deux séquences différentes, de sens différents, pour transmettre un troisième message.

L'étude de Karim Ouattara, Alban Lemasson et Klaus Zuberbühler révèle des capacités de communication vocale très complexes, apparues peut-être au cours de l'évolution pour compenser une capacité réduite à émettre des sons variés (les singes étant moins doués sur ce plan que les oiseaux, ou encore les cétacés). Comme cette espèce vit en forêt, où la visibilité est très limitée, elle ne peut utiliser que les sons pour communiquer : d'où l'importance pour elle de perfectionner ses cris, essentiels à sa survie.

Ces travaux révèlent ainsi une forme de proto-syntaxe chez la Mone de Campbell. Une telle découverte ouvre le vaste débat sur l'existence des précurseurs du langage humain dans la communication vocale animale.

les publications sur ces travaux sont disponibles sur l'intranet